Cosy Hôtels et France Travail : quand insertion et recrutement se rejoignent

Difficile pour le secteur de l'hôtellerie de recruter depuis le covid, et difficile pour les réfugiés de trouver du travail quand ils parlent mal le français. Et si ces deux problèmes pouvaient trouver une même solution ? C'est le pari qu'a fait le groupe Cosy Hôtels à La Rochelle, avec l'aide de France Travail, en organisant une formation certifiante à destination d’un public allophone. Une véritable réussite grâce à la mobilisation du personnel de l’hôtel et de tous les acteurs locaux.

Le groupe Cosy Hôtels exploite quatre hôtels à La Rochelle, qui représentent environ 15% de la capacité hôtelière de la ville. Depuis l'épidémie de covid, comme tout le secteur hôtelier, le groupe a connu des difficultés de recrutement persistantes, en dépit une politique volontariste de rétention et de revalorisation salariale. En 2021, le manque de personnel d'étage oblige même le groupe à fermer des chambres, entraînant une perte de chiffre d’affaires de 30000€.

En 2022, Cedrick Poucineau, directeur des opérations de Cosy Hôtels, évoque ces difficultés avec les responsables du Collectif Actions Solidaires (CAS17). Ce réseau d'associations de solidarité internationale est lui aussi basé dans le quartier Saint-Nicolas de La Rochelle, et le groupe Cosy Hôtels lui apporte un soutien financier. CAS17 travaille notamment à l'insertion sociale de demandeurs d’emploi allophones, c'est-à-dire parlant une autre langue que le français, et rencontre aussi des difficultés.

C'est le déclic : “Je me dis : c'est quand même fou, nous manquons de personnel et vous, vous avez des difficultés à trouver des entreprises. raconte Cedrick Poucineau. Le lien qu'on peut faire ensemble, ce serait de former ce public allophone pour lui permettre de travailler.”

Des débuts difficiles


Cedrick Poucineau prend alors contact avec le centre de formation Cipecma, afin de mettre sur pied une formation qui permettrait à ces demandeurs d’emploi de devenir employés d'étage. Ce premier projet n'aboutit pas : impossible d'obtenir des financements auprès d'acteurs publics.

En cause, l'absence de cours de français langue étrangère (FLE) inclus dans la formation. "Rétrospectivement ça paraît évident, mais nous étions sûrement un peu innocents sur le montage de ce type de programme", explique Cedrick Poucineau.

Convaincu que l'idée est bonne, Cedrick Poucineau ne baisse pas les bras. En 2023, Cosy Hôtels fait une nouvelle tentative pour créer une formation certifiante pour les demandeurs d'emploi allophones. Cipecma est toujours de la partie, mais un nouveau partenaire rejoint l'aventure : France Travail.

"France Travail a vraiment été déterminant pour le succès de cette formation : ils nous ont aidés à trouver des financements et à avoir le bon cahier des charges avec le centre de formation. Ils connaissaient les réseaux et les dispositifs existants, ce qui a permis à la formation d'aboutir."

Cedrick Poucineau, directeur des opérations de Cosy Hôtels

Une course contre la montre


"Cela me laissait deux semaines pour faire le sourcing, il a fallu être efficace !", se souvient Caroline Vasche de France Travail. Les équipes de l’agence de Bel-Air mobilisent leurs énergies et trouvent en quelques jours seulement 27 personnes intéressées par la formation.

"Il faut bien se rendre compte qu'à ce stade, les stagiaires potentiels parlent à peine français", raconte Caroline Vasche. Un outil interne de traduction automatique, Trad'Emploi, permet de disposer de supports dans la langue des demandeurs. "Les stagiaires devaient acquérir la maîtrise du français en situation professionnelle. Comme il s'agissait de compréhension orale, on pouvait donner leur chance à des gens de niveau A1, c'est-à-dire le plus basique", indique Caroline Vasche.

Les équipes de France Travail et Cosy Hôtels sélectionnent ensemble 10 demandeurs d’emploi allophones parmi les personnes intéressées. Sur les 10 personnes finalement retenues, 8 nationalités sont représentées. La formation commence presque immédiatement, le 4 mars 2024.

Première étape : des cours intensifs de français pendant un mois. "Il y avait au total 213 heures de cours de français. Le rythme était intense, mais c'est ce qui est nécessaire : parler français tous ensemble du lundi au vendredi", affirme Caroline Vasche.

Et pour se mettre déjà dans le bain, les cours ont lieu sur place, à l’hôtel Saint-Nicolas. "Notre hôtel est devenu un centre de formation", explique Cedrick Poucineau. "La formation en français langue étrangère a eu lieu dans une de nos salles de séminaire, et plusieurs chambres étaient exclusivement dédiées à la formation."

Former les formateurs


Pendant que les stagiaires travaillent leur français, les gouvernants de l'hôtel apprennent à devenir formateurs grâce à la Cipecma. Car même quand on connaît son métier, il n'est pas forcément évident de l'enseigner à quelqu'un d'autre. "C'était intéressant pour nos employés parce qu'ils se sont aperçus que même quand on pensait être au point sur tous nos process, ce n'était pas toujours exactement le cas", se souvient Cedrick Poucineau. "Nos gouvernants ont donc eu une petite piqûre de rappel sur leur propre métier."

À l'issue du premier mois, la formation en langue est terminée, et les stagiaires sont capables de suivre d'abord la phase de formation théorique assurée par Cipecma, puis une formation pratique sur le terrain, dispensée par le personnel de l'hôtel.

On entre alors dans le vif du sujet. "Avant le démarrage du projet, il y avait des réticences et des inquiétudes parmi notre personnel", admet Cedrick Poucineau. Le groupe CH comprend notamment des hôtels 3 et 4 étoiles, le niveau d'exigence est donc élevé, tant qualitativement que quantitativement.

Une réussite complète

Tout le personnel de l'hôtel a joué le jeu, et a été convaincu par le dynamisme des stagiaires — qui ont dû affronter les nombreux ponts du mois de mai alors qu'ils étaient encore en formation. "Je crois qu'aujourd'hui, plein de gens dans l'entreprise sont très fiers de ce projet, et ça fait certainement partie des meilleurs moments de l'année", affirme Cedrick Poucineau.

Tous les stagiaires ont suivi la formation jusqu'au bout. Neuf d'entre eux ont obtenu la certification CCP1 d'employé d'étage dans l’hôtellerie. À l’issue de la formation, quatre stagiaires ont été embauchés chez Cosy Hôtel, deux sont en contrat en cours, quatre ont trouvé un emploi dans d'autres entreprises, un a intégré une formation supérieure, deux poursuivent des cours de FLE et une stagiaire est en congé maternité.

La réussite du dispositif n’est pas passée inaperçue. "On a des retours de chefs d'entreprise, même de représentants du MEDEF, qui nous disent que les entreprises ont un vrai rôle à jouer pour l'avenir et pour la réussite de l'intégration", indique Cedrick Poucineau.

Le préfet de région s'est même déplacé en personne pour rencontrer les stagiaires. "C'est formidable de se dire que les stagiaires, qui ne parlaient pratiquement pas français quelques mois plus tôt, ont pu échanger quelques mots avec le préfet", souligne Caroline Vasche.

Pour France Travail, cette réussite a valeur d'exemple.

"La plus-value est énorme : apprentissage du français, dynamique de recherche et de reprise d'un emploi... Et au sein de l'entreprise, ça apporte quelque chose d'humain. Au sein de France Travail, cela donne du sens à notre mission : aider les personnes les plus éloignées de l’emploi.”

Caroline Vasche, Conseillère France Travail